18 mois de sursis comme lot de consolation…

Dix-huit mois de sursis comme lot de consolation…

Publié le 26/03/2013 – Mis à jour le 26/03/2013 à 05:33

Nord Eclair

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Quand les deux victimes s’avancent, un silence sépulcral s’établit dans la salle d’audience. Quel contraste entre les deux mères de famille roubaisiennes et le prévenu, 83 ans, souffreteux et appuyé sur sa canne, Les deux victimes sont les filles du prévenu.

Sauf que, selon les victimes, le père, par ailleurs polygame au Maroc, les aurait violées pendant une grande partie de leur enfance. Des faits qui remontent aux années 1994, 95, 96.
« C’est par jalousie qu’elles disent ça, c’est pendant le divorce avec leur mère et alors qu’une nouvelle belle-mère allait arriver du Maroc  », explique, par le truchement d’un interprète, le prévenu.
Après leur majorité, pour des mineures violées à cette époque, les victimes devenues majeures avaient 10 ans après leurs 18 ans pour déposer une plainte.
Trop tard de quelques mois : prescription ! Le 5 mars 2009, malgré l’avis contraire de la juge d’instruction lilloise, la chambre d’instruction de la cour d’appel, tout en jugeant ces viols « vraisemblables », classe sans suite la plainte des deux Roubaisiennes.
Mais les deux victimes se souviennent de faits plus récents. « Alors que j’étais majeure, j’avais honte de le dire, je n’arrivais pas encore à résister à l’emprise de mon père », déclare la première victime à la présidente Alexa Fricot. Pour la seconde victime, « c’est encore pire, elle était déjà mariée et elle avait eu un enfant », révèle Me Jean-Yves Moyart, l’avocat des deux jeunes femmes.
La présidente Fricot s’inquiète : « Mais, cette emprise, d’où venait-elle ? » Réponse d’une des victimes : «  Il était imam, il avait une connaissance approfondie du Coran ! Dans son village au Maroc, il a une réputation énorme, incontestable. » La présidente : « C’est la sidération de la victime alors ? » La jeune femme soupire : « Oui. Et pourtant, j’ai de la force, je suis même devenue policière ». L’autre victime évoque même des viols au sein d’une mosquée de Roubaix. Mais, sur ce second volet du dossier, l’affaire, pas assez étayée, sera classée sans suite. « Nous avons joué de malchance. La seconde affaire a été classée sans suite, tandis que la première, aujourd’hui, serait poursuivie jusqu’au bout puisque la prescription est passée à 20 ans après la majorité  », souligne Me Moyart.
Alors ? Alors, il reste les pressions du prévenu pour que ses filles se rétractent. « Elles sont répétées, parfaitement constituées, vérifiées », estime la procureure qui requiert de la prison sans mandat de dépôt. « Il n’y a eu aucune menace, ce sont les démarches normales d’un homme qui cherche à aplanir les difficultés », plaide Me Florent Schultz. Jugement : 18 mois de prison avec sursis. Une condamnation qui consolera peut-être les victimes.

DIDIER SPECQ
didier.specq@nordeclair.fr