Loos À la mairie, une papeterie fantôme et des fausses factures extrêmement salées

Article paru dans La Voix du Nord du 23 mars 2018 – Par Lakhdar Belaïd

L’affaire a éclaté après le changement de bord politique à la mairie de Loos. Mais, aussi un peu, grâce au départ en retraite de l’une des chevilles ouvrières d’une arnaque à plus d’un million d’euros, selon les calculs de la nouvelle majorité.

L’avocat Jean-Yves Moyart défendait le fonctionnaire contrôlant toute la chaîne ayant permis la surfacturation. PHOTO ARCHIVES PATRICK JAMES

L’avocat Jean-Yves Moyart défendait le fonctionnaire contrôlant toute la chaîne ayant permis la surfacturation. PHOTO ARCHIVES PATRICK JAMES – VDN

Lorsqu’une ville change de couleur politique, le nouveau patron est tenté de fouiner dans les comptes. La mairie de Loos est restée socialiste si longtemps que le rose en a profondément imprégné les murs. Après avoir réussi à conquérir ce bastion PS, Anne Voituriez a, elle, vu rouge à la lecture de certains livres de comptes. Cette avocate de profession a ainsi réduit de 75 % les frais de bouche et, surtout, d’alcool. « Désormais, le champagne est réservé aux centenaires », précise le président Jean-Marc Defossez. Des soupçons de malversation ? « Là, tout a été livré et consommé », sourit le magistrat. «  », car là n’est, visiblement, pas le cas de toutes les commandes.

En 2016, Anne Voituriez s’étonne. Les achats de papeterie et enveloppes représentent 25 351 €. Depuis au moins 2004, ils s’élevaient à… 200 000 €. Ce grand écart coïncide au départ en retraite du fonctionnaire en charge de l’imprimerie municipale. P. Q. contrôlait toute la chaîne du papier, de la commande à la livraison. Se contentant de signaler aux comptables que les colis (fantômes) étaient bien arrivés. Un mensonge reconnu quasi intégralement à la barre. Même sincérité chez Y. D., 73 ans, le fournisseur. Lui est tout de suite passé à table devant la police. Les montants des détournements donnent le vertige.

« Des surfacturations de 95 % et 83 % »

De 2011 à 2016, D. a officiellement vendu à la ville de Loos 4 742 900 enveloppes et 68 534 ramettes de papier. En réalité, sa société n’a livré que 231 150 enveloppes et 11 766 ramettes. « Soit des surfacturations de 95 % et 83 % », accuse Stéphane Dhonte, l’avocat de la commune. « Loos a commandé deux camions de matériel et a vu arriver un colis de la Redoute », résume, de façon très imagée, Jean-Yves Moyart, le défenseur de P. Q. Face aux juges, ce dernier et Y. D., qui lui a versé des pots-de-vin puis fourni un emploi fictif, sont sur le gril. Le dossier pénal situe les fraudes entre 2006 et 2016. Avec un préjudice de 1,6 M €, estime Stéphane Dhonte qui, lui, soupçonne ce « système de corruption » d’exister depuis… 1993.

Surtout, autour de ces livraisons fantômes, plane un autre spectre : Daniel Rondelaere. Comment l’ancien maire a-t-il pu ne rien remarquer ? Aux enquêteurs, il a expliqué ne pas s’occuper des questions d’intendance. Stéphane Dhonte, le procureur Michaël Bonnet poussent les prévenus à la confidence. « Il y a des choses qu’on ne peut pas dire, lâche D., mystérieux. Je n’ai rien à dire. » Contre lui, le procureur réclamera trois ans de prison, 18 mois pour Q. et un an avec sursis pour l’épouse d’Y. D. Délibéré le 9 avril.

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