Un avocat contre la réforme « Les assises, c’est la plus belle juridiction française »

Propos recueillis par Eric Dussart ; article original paru dans La Voix du Nord le 11/2/2019.

Jean-Yves Moyart est l’un des avocats de cette région les plus reconnus, dans les cours d’assises. Il en a l’expérience, et une particulière sensibilité qui l’a amené à créer un blog, sous le pseudonyme de Maître Mô, puis écrire un livre(1) qui ont tous deux eu beaucoup de succès.

Jean-Yves Moyart est l’un des avocats les plus reconnus des Hauts-de-France. PHOTO PATRICK JAMES

Jean-Yves Moyart est l’un des avocats les plus reconnus des Hauts-de-France. PHOTO PATRICK JAMES

Si les magistrats sont divisés, face à cette mesure, les avocats sont généralement farouchement contre. C’est votre cas ?

« Oui. Je suis résolument contre. Les assises, c’est la plus belle juridiction française. On y prend le temps de juger, de comprendre, d’expliquer aux jurés des notions juridiques comme la légitime défense, et chacun s’exprime. La victime et l’accusé. Il y a d’ailleurs une enquête de personnalité qui aide à connaître celui qu’on juge. Et c’est cette juridiction qu’on veut supprimer. Ah, bien sûr, ce n’est pas rentable, mais c’est une justice qui fait plus appel aux valeurs humaines qu’aux valeurs juridiques. »

Qu’est-ce qui manquerait le plus, dans cette nouvelle version ?

« On va réduire la parole. Les témoignages, les explications des circonstances auxquelles sont particulièrement sensibles les jurés. On va faire une sorte de super-correctionnelle où on jugera entre professionnels, ce qui n’est pas la même chose.

Déjà, la justice est mal connue du peuple. On n’y entre généralement que quand on est concerné. Là, c’est le seul cas où le peuple a sa place, et on voit que les jurés laissent généralement de côté leurs idées préconçues. C’est d’ailleurs à cause de cela que j’ai créé un blog, écrit un livre, pour parler de cette autre vision qui vient aux jurés. À l’audience, ils se rendent compte que ce n’est pas facile de juger. »

Au fil des audiences, sur plusieurs jours, il se crée un lien, avec les jurés ?

« On se surveille, on reste d’abord sur son quant à soi puis on se découvre au fil des moments difficiles. Il n’y a jamais de connivence, on prend garde à cela, mais on capte parfois des regards. On vit une aventure terriblement humaine tous ensemble. Aux assises, il n’y a finalement plus de dossier. Tout se passe à l’audience, à l’oral, et les accusés sont jugés par des gens qui leur ressemblent terriblement. Les jurés se rendent compte qu’il n’y a pas de monstres, seulement des gens qui ont basculé. »

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